Ici résonnent les voix que nos bouches semblent chanter.
Les premières antennes-relais apparurent dans les années 1950, elles font désormais partie intégrante de notre paysage et assurent la diffusion et la réception des ondes électromagnétiques nécessaires aux réseaux de télécommunication. Postées sur le toit des immeubles de la ville ou perchées tout en haut de pylônes en plein milieu des campagnes, ces antennes nous paraissent inaccessibles, intouchables, en véritables totems.
De plus, la nature invisible et inaudible de leurs signaux font d’elles des supports propices aux controverses et autres superstitions, surtout sur le plan sanitaire. On se questionne ainsi sur le risque de ces émissions constantes et à proximité de nos corps. Effectivement, il y a matière à spéculer. Il suffit d’apprécier tout ce qui nous transperce et tout ce qui nous rassemble. Aujourd’hui nous sommes lié par une forme, incontrôlable et qui se soustrait à la définition.
C’est dans cet espace d’interrogations qu’intervient Organum. Ce dispositif conserve l’aspect des antennes-relais, à la manière d’un ready-made, mais dans l’illusion d’un mimétisme parfait, il remplace les émetteurs d’origines par des colonnes acoustiques spécialement conçues pour les lieux de cultes. Les ondes, autrefois silencieuses, deviennent maintenant des fréquences perceptibles, presque mélodiques. Désormais, c’est un objet qui suscite autant la crainte que le désir.
Inspiré par les chants sacrés, primitifs et polyphoniques de l’Occident médiéval, c’est avec le même rudiment que les microprocesseurs présents dans les boîtiers combinent leurs fréquences. L’arrangement des composants est tel que, dans cette configuration, la bascule est réinitialisée automatiquement à chaque cycle générant un train d’impulsion perpétuelle. Une note interminable. Celle qui brise la métrique. Semblable au parcours de l’air qui fait vibrer les cordes vocales, c’est avec la même austerité que le microprocesseur découpe la tension électrique pour la faire osciller.
Avant tout et en dernier, c’est un hommage aux ensembles monastiques qui furent à la fois libres et obligés, pour la première fois, d’inscrire la musique dans le chant de l’histoire. C’est avant tout un objet que je dédie à l’œuvre Marcel Pérès et de son ensemble Organum.